Procrastiner, à quoi ça sert?

C’est parce que ça sert à quelque chose que l’on repousse toujours certains types de tâches. Sinon, pourquoi on s’embêterait à trouver des stratégies pour contourner, retarder, éviter… tout en ayant mauvaise conscience? Voici le quatrième article sur la procrastination.

Utilité N°1: Eviter la frustration

Le mot « frustration » est à prendre au sens large: tout ce qui me déplaît, m’agace, m’énerve, m’ennuie, me met en colère, me rend insatisfaite, ne me divertit pas assez, me rend triste, me contraint, etc…
Je repousse à plus tard toute activité qui me met dans une de ces situations inconfortables.

Et pendant ce temps, je me livre à une activité plus satisfaisante pour moi.

J’ai bien conscience qu’un jour « il faudra bien que… » mais ce « un jour » reste vague.

Avec un coup de chance, inch’Allah, ça se débrouillera tout seul. Hm…en fait, non.

Utilité N° 2: Protéger son estime de soi

Si j’ai peur d’échouer, je préfère ne pas tenter. Logique. Encore une fois, il s’agit d’éviter une situation que j’imagine inconfortable.

Exemple: Etudiante, je repousse sans arrêt le moment où je démarre mes révisions, parce que je sais bien que j’ai séché trop de cours et que je crains d’échouer. Petit à petit, j’acquiers la conviction que ce n’est pas la peine que je me présente aux examens.

Je change alors d’orientation, brutalement, sans réelle passion. Je vais choisir un secteur que j’imagine plus facile. Je serai alors certaine de réussir.

Mais, soignant mon ego d’une part (pas d’échec aux examens), je le malmène d’autre part (voie peu passionnante et bien en dessous de mes compétences).

Utilité N° 3: Résister aux autres

Mon chef me demande de faire quelque chose. Je n’aime pas mon chef. Mais je n’ose pas le contrer.

Je vais donc traîner des pieds, me surcharger d’un tas de tâches, de façon à avoir une bonne raison de ne pas faire ce qu’il me demande. Je lui résiste, voyez-vous. Mais passivement.

Autre exemple: je n’aime pas les contraintes (qui les aime? me direz-vous). Envoyer sa déclaration d’impôts tous les ans, quelle barbe! Aussi, chaque année, je retrouve des camarades d’infortune, rue du Louvre, à Paris, à 23 h 52, pour poster en dernière limite ma déclaration d’impôts.

C’est ma manière à moi de protester contre ces contraintes administratives.

En réalité, tout le monde s’en moque. Je n’embête personne d’autre que moi-même…

Utilité N° 4: Se faire des sensations fortes (pour pas cher)

  • J’aime travailler à la dernière minute (ce « rush » d’adrénaline , j’adore!)
  • J’aime partir en retard ( je trouverai bien un moyen d’éviter les embouteillages)
  • Je travaille mieux sous la pression (sinon, je ne travaille pas, je me distrais)
  • J’aime que mon équipe soit mobilisée (jusqu’à 23h s’il le faut)
  • Les urgences, ça me stimule (j’ai d’ailleurs choisi un métier en conséquence)

En fait, je suis (secrètement) persuadée que je possède quelque pouvoir magique (tapis volant, génie du Powerpoint, GPS surpuissant….) qui me permettra de m’en sortir, de toute façon. Et plus astucieusement que les autres.

Les dégâts collatéraux? Ah, vous voulez dire le stress, la fatigue, l’équipe démotivée, le conjoint lassé, les amis agacés, le chef insatisfait de la qualité du travail? Non, je ne vois pas…

Tant qu’on ne fait pas le lien entre notre procrastination et ses conséquences, on ne change pas de comportement. A vous de repérer ce qui, dans votre vie, est la conséquence d’une procrastination rondement menée.

Prochain article sur le sujet: on ouvre le capot pour voir comment ça marche.

8 Commentaires

Classé dans Arrêter de procrastiner, Astuces pour s'organiser, Comment s'organiser au travail, S'organiser à la maison

8 réponses à “Procrastiner, à quoi ça sert?

  1. severine

    rhà là là .. c’est exactement ça. c’est exactement moi. et j’en suis malheureuse. et pourtant je n’arrive pas à changer.
    bravo pour cette série sur la procrastination !!!

  2. Séverine, la série n’est pas finie… je vais bien sûr vous proposer des techniques pour venir à bout de votre procrastination. Mais peut-être avez-vous réussi toute seule à la maîtriser un peu mieux dans un certain domaine… si oui, vous accepterez sans doute de nous en faire profiter, hm?;)

  3. coué

    Utilité N°1: Eviter la frustration
    eh oui, mais finalement, aujourd’hui, c’est procrastiner (et ses conséquences, pratiques, et mentales !) qui me frustrerait plutôt 😦

    Utilité N° 2: Protéger son estime de soi
    Effectivement, en fin de compte, on se rabaisse… :-/

    Utilité N° 3: Résister aux autres
    Aïe : je me demande si je ne retrouve pas là l’origine (ou la cause) du problème chez moi :
    – préparer un devoir d’école, quand on est ado, et pas super motivé…(tant d’autres désirs) et EN PLUS pour obéir au parent qui le demande ! ouille !
    – ou à mon mari, qui me demande de ranger…. sauf qu’il n’y mettra pas la patte….. grrr !
    – ou à mes enfants, en restant sur l’ordinateur tandis qu’ils ont besoin de moi…

    > eh oui, si on ne résistait pas ainsi, cela ne pourrait a priori que nous aider à AMELIORER nos relations avec ces « autres » ! …?

    Utilité N° 4: Se faire des sensations fortes (pour pas cher)
    et si j’avais mal interprété le fonctionnement, de ce fameux pouvoir magique qui jusqu’ici n’a jamais fonctionné ? et qu’en fait ledit pouvoir soit de CHANGER ça ? en inversant mes capacités ? :))

  4. saida

    j’ai un grand problème je procrastines trop de choses que j’oublie après de les réaliser.

  5. gaston

    « Les dégâts collatéraux? Ah, vous voulez dire le stress, la fatigue, l’équipe démotivée, le conjoint lassé, les amis agacés, le chef insatisfait de la qualité du travail? Non, je ne vois pas… »
    Vraiment vous ne voyez pas …. Et pourtant le mari lui OUI.
    Parce que c’est aussi bien pratique pour ne pas faire la lessive, la cuisine, le ménage, etec…(même pas pensé ?).
    Mais ça, c’est les fausses bonnes idées, parce que c’est vraiment le pire démotivant et déprimant qui soit…pour le conjoint… Je vous laisse imaginer, la meilleure façon de passé à coté de sa vie en boursillant celle des autres, quel dommage d’autant que vous êtes capable du meilleur.

  6. victoria

    @Gaston, (sans animosité), quand une situation est dérangeante, chacun peut la contourner. Si vous cherchez des pistes, je vous conseille : http://www.marcandangel.com/. Attention, les solutions proposées peuvent être « radicales ». Mais il faut savoir faire le ménage quelque fois:)
    C’est en anglais, mais vous pouvez « jouer » avec le traducteur google, je n’ai pas trouvé d’équivalent en français.

  7. petitcha

    Bonsoir,
    Je suis arrivée sur votre site web en partant d’une recherche google « je suis bordélique »…et qui pourrait se terminer par « mon conjoint va finir par me quitter pour ça » (même si c’est l’arbre qui cache la forêt)!! Et j’avoue être hypnotisée par votre série sur la procrastination, car je la trouve très juste, très complète, très concrète…(pour exemple dans votre article précédent: la procrastination ne se limite pas au rangement/nettoyage/traitement de factures – des tâches ingrates donc -…mais s’exprime dans d' »apparents détails » comme le choix d’un plat au resto ou d’une chanson à travailler pour mon cours de chant ou répondre à une offre d’emploi idéale – des actions liées à des choses que j’aime ou susceptibles de m’apporter du plaisir donc -!!). Ma prise de conscience de ma tendance maladive à procrastiner à tous les niveaux ne date pas d’aujourd’hui et j’ai donc déjà lu une kyrielle de choses sur le sujet… mais cette fois, j’ai le sentiment d’une analyse moins superficielle des mécanismes inconscients qui l’entretiennent et nous y emprisonnent avec notre consentement; qui prend le temps de s’attarder sur le SENS et les coulisses de ce mal (et pas seulement à y apporter des solutions formatées)…et en somme amène à COMPRENDRE ce qui est, pour mieux le déconstruire!! Je vous dis d’ores et déjà « merci » et passe aux articles suivants avec le sentiment diffus que je tiens enfin le bon bout pour « avancer vers un meilleur moi-même »… 🙂

  8. pim

    Et cela parait vraiment invraisemblable d’en arriver là, pour ma part je suis plus embéter par la paperasse que je laisse trainer c’est comme çà que je suis arrivé ici, mais ce n’est que la partie immerger de l’iceberg. La vérité c’est que je fais tout en fonction ds autres, et cela fait 25 ans que ce petit manège dure… incroyable de penser que l’on puisse se réaliser et réussir dans cet état d’esprit. Morosité ambiante que je commence à m’expliquer, mais il a fallu que je me l’écrive pour l’admettre !

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